La Borne - Le Four de Paul Beyer

Le four de Paul Beyer à La Borne

Photo Alain Lachapelle - 2010

 

Une étape fondamentale pour les fours à bois écologiques à effet de flamme du XXI e siècle.

 

 

Etat original du four

 

Robert Sanderson, directeur de la revue irlandaise « The log book » et chercheur, a éclairci pour partie l’origine de ce four et la genèse de sa construction.

Le four est le descendant d’une recherche engagée par Alexandre Brongniart (1770-1847), chimiste, fondateur de la céramique moderne. En 1800, il est nommé directeur de la manufacture de Sèvres où il reste en poste jusqu’à son décès en 1847. Il fonde le musée national de la céramique. Il écrivit en 1844 le traité des arts céramiques. C’est sous sa direction que la Manufacture a acquis un prestige international extraordinaire.

A la demande de Napoléon Bonaparte, il fait la synthèse des installations nécessaires pour atteindre les hautes températures (au-dessus de 1250°) avec le minimum de combustible. Il faut obtenir une stabilité de la chaleur et atteindre les températures où la porcelaine, le grès ou le verre sont cuits. Le combustible est d’abord du bouleau fendu et séché pendant au moins trois ans. Le charbon a remplacé le bois au XIXème avant d’être supplanté à l’époque moderne par le gaz. Il est à flamme renversée, c’est-à-dire que la flamme parcourt la chambre de cuisson de bas en haut.

Il est alimenté par un alandier de type « Boury », chambre de gazéification du bois.  Boury est un ingénieur français qui a publié en 1910 un traité de céramique. Cette somme a été reprise dans les pays anglo-saxons habitués à surveiller les technologies européennes dès le XIXème siècle. Ils ont dénommé ce type d’alandier « Boury-box ». Il est utilisé dans les fours les plus récents avec alandiers ou les « train kiln ». Entre cette publication de 1910 et la construction du four à La Borne pour Paul Beyer, on dispose d’informations lacunaires.

Paul Beyer a été verrier et céramiste. Il a eu à sa disposition des fours lui permettant d’atteindre les hautes températures. Il a échangé avec les principaux céramistes de son époque et en particulier Lachenal. A la manufacture de Sèvres, il a disposé d’un four à bois au lieu-dit « le moulin » qui lui permettait d’obtenir des grès assez similaires à ceux qu’il a ensuite créé à La Borne.

Le four à bois de La Borne de 0,5 m3 est construit en 1942 avec le soutien de François Guillaume et la coopérative des artisans du Loiret. Il comportait un moufle, mais Paul Beyer renonce à cette protection car il souhaite une flamme directe sur ses grès. Cette situation est renforcée par le fait que la murette derrière l’alandier n’occupe pas toute la largeur du four. Elle laisse passer les flammes sur les deux côtés.

 

Les améliorations apportées par Jean Lerat.

 

Jacqueline et Jean Lerat utilisent le four de Paul Beyer à partir de 1946. Ils en apprécient les effets de matière. Mais il est difficile à conduire. Des parties sont surcuites, d’autres insuffisamment. Vassili Ivanoff reproduit le four tel qu’il est dans l’atelier Beyer-Lerat. Cet exemplaire est inscrit aux monuments historiques.

Jean Lerat va l’améliorer à l’occasion de la construction du premier four à bois de l’Ecole national des Beaux-Arts de Bourges. Sa connaissance du dessin industriel, lui permet de dresser un plan coté pour le premier four de l’Ecole en 1946 puis pour le sien propre (2m3) en 1954 à Bourges. Maurice Gensoli, céramiste à la Manufacture de Sèvres à Paris est le conseiller de Jean Lerat pour ces améliorations. Celui-ci crée une sole avec des carnaux qui permettent de répartir la flamme.

L’optimisation de la combustion et la gestion des actions de réduction ou de cuisson oxydante nécessite de bien maîtriser les entrées d’air (3 entrées prévues) au niveau de l’alandier. En dressant deux murettes sur le haut de l’alandier, il réduit les entrées d’air parasites sur les côtés. L’entrée d’air est régulée par une plaque réfractaire qui coulisse entre les deux murets et la disposition du bois sur l’alandier. Cela permet d’optimiser les gaz qui sont brulés dans la chambre de combustion où sont empilés les grès.

Quel que soient les efforts au moment de l’enfournement, des zones peu cuites subsistent. En créant une sole dans la chambre de cuisson percée de nombreux conduits permettant une meilleure répartition des flammes, il facilite la circulation homogène de la flamme.

Le four (2m3) de la rue de Vauvert à Bourges construit en 1955 fonctionne de façon régulière depuis cette date. Seules les deux murettes ont été remplacées à l’identique vers 1970. Cette stabilité a permis à Jacqueline et Jean de beaucoup moins se préoccuper de la cuisson, le facteur d’ajustement est l’enfournement qui permet de doser l’exposition aux flammes directes.

Perspectives d’évolution.

 

C’est un four économe en bois. A ce titre, il a ouvert la voie à toute une génération de fours à bois. Ils cuisent en 9 à 15 heures avec 0,8 à 3 m3 de bois. Le modèle le plus économe est actuellement celui conçu par Jean Girel.

On espère  que ce four de La Borne à la retraite aura bientôt un successeur.

 

Jean-François Lerat (6 mars 2021)

 

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